C’est après 2 épisodes complets de « Kaichou no Maid-Sama » (oui je sais, je regarde des choses très intellectuelles) que je me suis rendu compte que le train était immobile depuis plus de 20 minutes… Stagnant à la gare de la petite bourgade de Cormeilles-en-Parisis, le géant de fer était comme mort, portes fermées, lumières éteintes, grouillants de vers pressés d’aller au boulot.

Enfin une maid sur ce blog !
Personnellement dans ce genre de situation je me contente d’envoyer un sms pour prévenir que je vais être en retard et me remet à lire, jouer ou regarder un épisode de ma série du moment. Malheureusement cette fois ci je venais de finir mon livre et je n’avais plus de batterie dans ma console portable… J’ai alors mis de la musique et me suis mis à regarder les gens. Ceux ayant la chance d’être assis commençaient à sympathiser avec leurs voisins, ceux debout sautillaient de pied en pied en soufflant fort pour que l’Univers comprenne qu’ils n’étaient pas content et les gens tassés contre les portes criaient au scandale et nous assuraient que, depuis le quai, ils avaient vu de la place assise à l’étage et qu’on s’amusait à les torturaient et qu’ils méritaient plus que tous les autres d’être assis.
Mon intérêt se porta alors au train allant dans le sens opposé et je me suis rendu compte qu’il était à l’arrêt depuis tout aussi longtemps que le notre. A l’intérieur, les gens avaient exactement le même comportement que dans mon train, la seule façon que j’ai su que ce n’était pas un miroir est qu’il n’y avait pas de beau-gosse aux cheveux longs face à moi.
Les quais, tout aussi bondés que les trains, furent soudain pris d’un mouvement de panique et d’excitation : là, dans la gare, derrière une vitre, un employé SNCF ! La masse se rue contre la porte, un homme tente de l’ouvrir à l’aide du dernier Mary Higgins Clark mais l’employé SNCF repousse la porte, utilise sa clé et fait descendre le rideau de sécurité.

Enfin ! Un message audio se fait entendre dans tout le train : « ce train ne prend plus de voyageurs, veuillez descendre ». Les portes s’ouvrent, tout le monde s’empile sur le quai. L’énervement ne fait pas monter la température ambiante, je sens le froid se glisser sous mes vêtements, la chair de poule recouvre mon corps, il doit faire 4 ou 5°. Nous attendons, là, 10, 15 minutes, sans informations. Les portes du train se sont refermées derrière nous, nous ne pouvons nous asseoir, mais ce dernier ne quitte pas la voie, empêchant un autre train de venir mettre fin à nos misères.
Encore un message audio ! « Prochain train pour Paris, voie C, dans 2 minutes ». Nous étions sur la voie A. Panique. Tremblement. Je sens la foule autour de moi avancer comme une vague géante, m’emmenant avec elle, prête à m’écraser si je montre la moindre faiblesse. Le nouveau train arrive, je vois la vague devant moi s’y engouffrer et je me rends compte que, non, il n’y aura pas la place pour tous. Je laisse tomber, me mettant à une position stratégique pour le prochain train et regarde tous ces gens en costume-cravate se battre comme des chiffonniers pour 10 centimètres carrés, de quoi aller au boulot, de quoi pouvoir se sentir fier en disant que, oui c’était le chaos dans les trains, mais ils y ont survécu, ils sont arrivés à l’heure pour la pause café.
Pour ma part je suis arrivé un peu plus d’une heure en retard, pas à l’heure pour la pause café vu que, de toute façon, je n’en prend pas, mais assez consterné par la qualité du service. J’ai, entouré de plusieurs centaines de personnes, passé une bonne heure sur un quai de gare, en semaine, à une heure raisonnable et le seul contact qu’on ait eu avec un employé SNCF était qu’il nous ferme la porte au nez. Pourquoi ne pas nous avoir annoncé, même au micro, que le train était en panne et qu’ils faisaient de leur mieux pour en acheminer un autre? Pourquoi ne pas avoir laissé certaines personnes, comme ce couple d’aveugle ou cette femme avec des béquilles, entrer dans la gare pour s’asseoir au chaud pour patienter?
Je prend le train tous les jours depuis plusieurs années, que ce soit en Auvergne, dans l’Héraut ou à Paris, je suis habitué au fait que la SNCF cafouille et ne soit pas très efficace en cas de stress. Mais normalement, soit il n’y a pas d’agent de présent, soit les agents restent présents pour essayer de nous tenir informés. Cette fois-ci, les agents ont préféré fuir, fuir la colère des passagers, fuir leurs responsabilités et, j’ai bien peur, quoi qu’il se soit passé ce jour là, ils n’ont jamais risqué de perdre leur boulot.
Y’a des jours où on doit se sentir fier d’être fonctionnaire.